Mutuelle et prévoyance en freelance : ce que la Sécu ne couvre pas

En micro-entreprise, un arrêt maladie te rapporte au mieux 65,84 € par jour, après 3 jours de carence, et zéro la première année d'activité. La mutuelle n'est pas obligatoire, la prévoyance non plus, mais c'est la prévoyance qui manque le plus quand ça arrive.

Mis à jour le 30 septembre 2026·Lecture 5 min·Comment on compare

Ce que la Sécu te verse vraiment en cas d'arrêt

Un micro-entrepreneur est affilié au régime général via la Sécurité sociale des indépendants. En cas d'arrêt maladie, il touche des indemnités journalières calculées sur 1/730 de son revenu annuel moyen des trois dernières années, après abattement forfaitaire. En 2026, ça donne entre 6,28 € et 65,84 € par jour pour les artisans, commerçants et libéraux non réglementés, le plafond correspondant à un revenu égal au plafond annuel de la Sécurité sociale, 48 060 €. Les libéraux affiliés à la Cipav sont indemnisés jusqu'à 197,51 € par jour, sur une base de 3 PASS.

Trois conditions bloquantes. Il faut 12 mois d'affiliation : la première année d'activité, tu n'as droit à rien. Il faut un revenu annuel moyen d'au moins 4 582 € après abattement, soit environ 6 900 € de chiffre d'affaires en BNC ; en dessous, pas d'indemnité. Et il y a 3 jours de carence, l'indemnisation commence au quatrième jour, pour 360 jours maximum sur trois ans.

Concrètement, un consultant en BNC à 30 000 € de CA a un revenu retenu de 19 800 € après l'abattement de 34 %. Son indemnité journalière est de 27,12 €. Un mois d'arrêt lui rapporte environ 730 € là où il facturait 2 500 €.

Ce que la Sécu ne couvre pas du tout

L'invalidité et le décès sont couverts par le régime des indépendants, mais à des niveaux bas : la pension d'invalidité totale représente 50 % du revenu annuel moyen, plafonné au PASS, et le capital décès versé aux proches est forfaitaire. Les frais de santé sont remboursés comme pour un salarié, à hauteur du tarif de base, sans complémentaire : le dépassement d'honoraires, l'optique, le dentaire restent à ta charge.

Le trou principal est donc la perte de revenu : un arrêt de trois mois à 27 € par jour, ou de trois semaines la première année à 0 €, se paie sur ta trésorerie. Ta RC pro n'y change rien, elle couvre les dommages que tu causes aux autres, pas ceux que tu subis.

La prévoyance : la brique qui manque

Un contrat de prévoyance verse des indemnités journalières complémentaires en cas d'arrêt de travail, une rente en cas d'invalidité, un capital en cas de décès. Tu choisis le montant d'indemnité (souvent 30 à 150 € par jour), la franchise (7, 15, 30 ou 90 jours) et les garanties annexes. Plus la franchise est longue, moins c'est cher : une franchise de 30 jours coûte souvent moitié moins qu'une franchise de 7 jours.

Pour un freelance de 30 à 40 ans en activité intellectuelle, compte 20 à 60 € par mois selon le niveau choisi. Le questionnaire médical est systématique et les antécédents peuvent entraîner une surprime ou une exclusion. Souscris tant que tu es en bonne santé, pas après la première alerte.

Points à vérifier dans un contrat : la définition de l'incapacité (pouvoir exercer « ta » profession ou « une » profession, la seconde est beaucoup moins protectrice), l'indemnisation des affections psychiques et du dos, souvent limitées ou exclues, et le délai de carence à la souscription pour la maladie, fréquemment 3 à 6 mois.

La mutuelle : utile, pas urgente

La complémentaire santé n'est pas obligatoire pour un indépendant. Si tu quittes un CDI et que tu es indemnisé par France Travail, la portabilité te garde la mutuelle de ton employeur gratuitement pendant la durée de ton indemnisation, 12 mois au maximum. Si ton conjoint est salarié, tu peux souvent être rattaché à sa mutuelle d'entreprise à un tarif avantageux. Si tes revenus sont faibles, la complémentaire santé solidaire est gratuite ou coûte moins de 1 € par jour selon tes ressources.

Une mutuelle individuelle pour un trentenaire coûte 30 à 80 € par mois selon le niveau de garanties. Dimensionne-la sur tes besoins réels : optique et dentaire si tu en consommes, hospitalisation renforcée sinon. Les formules « TNS Madelin » n'ont aucun intérêt fiscal en micro (voir plus bas), compare-les au prix comme n'importe quelle mutuelle.

Pourquoi la loi Madelin ne te concerne pas en micro

La loi Madelin permet aux indépendants imposés au réel de déduire de leur bénéfice les cotisations de prévoyance, de mutuelle et de retraite complémentaire, dans certaines limites (pour la prévoyance : 3,75 % du revenu plus 7 % du PASS, plafonné à 3 % de 8 PASS). En micro-entreprise, tu es imposé sur ton chiffre d'affaires après un abattement forfaitaire de 34 %, 50 % ou 71 % censé couvrir toutes tes charges. Cumuler cet abattement avec une déduction Madelin reviendrait à déduire deux fois : c'est interdit.

Conséquence pratique : en micro, tes cotisations de prévoyance et de mutuelle sont payées avec ton argent net d'impôt, sans avantage fiscal. Ça fait partie du calcul quand ton revenu grimpe : notre comparatif micro-entreprise ou SASU intègre ce poste, et le portage salarial règle la question autrement puisque tu redeviens salarié avec prévoyance et mutuelle collectives, comme détaillé dans avantages et inconvénients du portage.

Par où commencer

Dans l'ordre : la RC pro si ton métier ou tes clients l'exigent, la prévoyance dès que tu vis de ton activité, la mutuelle selon ta situation familiale et ta consommation de soins. Simplis et Stello distribuent les trois auprès de leurs assureurs partenaires, ce qui permet de faire les devis au même endroit ; Hiscox et Orus se concentrent sur la RC pro.

Devis RC pro, prévoyance TNS et mutuelle au même endroit, en ligne.Comparer prévoyance et mutuelle chez Stello

Pour situer le coût de ta protection sociale de base, nos guides cotisations auto-entrepreneur : taux et calcul et combien coûte une RC pro donnent les chiffres.

Questions fréquentes

La mutuelle est-elle obligatoire pour un auto-entrepreneur ?

Non. L'obligation de complémentaire santé ne concerne que les salariés du privé. En micro, tu peux rester sans mutuelle, garder celle de ton ancien employeur jusqu'à 12 mois via la portabilité si tu es indemnisé par France Travail, être ayant droit de la mutuelle de ton conjoint, ou en souscrire une individuelle.

Un auto-entrepreneur a-t-il droit aux indemnités journalières ?

Oui, sous conditions : 12 mois d'affiliation et un revenu annuel moyen d'au moins 4 582 € après abattement. L'indemnité vaut 1/730 de ce revenu, entre 6,28 et 65,84 € par jour en 2026, après 3 jours de carence.

La loi Madelin s'applique-t-elle en micro-entreprise ?

Non. La déduction Madelin suppose une comptabilité au réel. En micro, l'abattement forfaitaire est censé couvrir toutes tes charges, cotisations prévoyance et mutuelle comprises : tu ne déduis rien de plus. Les contrats « Madelin » restent souscriptibles, sans l'avantage fiscal.

Combien coûte une prévoyance pour freelance ?

Entre 20 et 60 € par mois pour un trentenaire en bonne santé, selon le montant d'indemnité journalière choisi, la franchise et les garanties invalidité et décès. Le prix monte avec l'âge et les métiers à risque.